On peut TOUT pardonner à Robyn : en dépit de ses fautes de goût relatives (elle est sponsorisée par Jeremy Scott, pour le meilleur … et pour le pire), de ses origines (elle n’est pas qatarie mais suédoise) et de ses grosses erreurs (sa “nouvelle” coiffure), la pop-star mérite sa place au sein de ce blog pour deux raisons, qu’il est par ailleurs inutile de vous exposer si ce n’est sous leur forme originelle.
Annoncé depuis quelques mois, la casquette du capitaine de bord du nouvel album de Beck a été confié au mystique Danger Mouse, le producteur touche à tout contestable mais en vogue qui finissait dernièrement le mastering du prochain album des Black Keys. Arrivés au bout de l’enregistrement, les deux cocos s’amusent à monter le marketing autour d’auto-congratulations provocantes “It was the most intensive work I’ve ever done on anything” pour Beck, et “He’s like a machine. I always got tired before he did. I stayed pretty late, but I’d usually hear the next day how late it went.” pour Danger Mouse commentant leur dernière nuit de studio.
Modern Guilt sera composé de 10 chansons à l’esprit 60s/70s. Danger a choisi d’installer la voix de Beck dans un transistor fantomatique pour en faire ressortir toute sa mélancolie et sa sainteté, un peu dans l’esprit de ce premier titre Chemtrails, entre confession intime et grandiloquence d’opéra rock stratosphérique, qu’on vous propose d’écouter.
On avait un peu peur de la super-alliance DM/Beck, mais pour nous c’est déjà un coup de coeur. Chemtrails ce sont les traits blancs que dessinent les avions dans le ciel. Quand on l’écoute, on s’imagine sur le dos d’un petit bouzingue blanc quitter son île paradisiaque, des souvenirs défilant à la tombée du jour. Beck va nous surprendre encore une fois et on ne trouvera rien à lui faire d’autre que quelques bisous et baisers.
Avoir le style : acheter des fringues suédoises, vivre dans Paris et ne jamais faire ses courses pour plus de deux jours, suivre l’agenda de Cobrasnake pour sortir et se faire une culture grâce la constellation des blogs qui reçoivent en exclu les derniers remix de Sinden et Get Shakes, tout ça, c’est fini.
Aujourd’hui avoir le style, mes amis, c’est naître avec le style, c’est être le style. Et un seul coin du monde pour être le style absolu est le Qatar.
Là bas, tu n’as pas besoin de t’efforcer : dans ton sang coule la hype. Tu as tellement la classe que tout t’est donné : tu ne payes pas l’eau, l’éducation, l’essence, les impôts et les soins. Quand tu as ton bac, ton pays te paye des études dans n’importe quelle université du Monde. Tu nais qatari comme tu naissais noble en 1658 à Versailles, à l’exception des bains que tu peux prendre tout les jours.
On a beau chercher les nouvelles terres de la mode, tourner autour de New York, Johannesburg et Varsovie pour prendre le haut de la vague, un jour, quand les qatari en auront marre de la tenue traditionnelle et des Jeep à la con – remplies d’essence moins chère que l’ea … tout est gratuit – ils seront le nouvel eldorado branché et original d’une bourgeoisie occidentale qui s’amusera, une semaine par an, à tracer les boulevards de la capitale. Quand les bobos du Nord deviendront riches, quand les qatari brûleront les centres commerciaux Vuitton-Gucci-Dior qui poussent comme du lichens autour de leurs bureaux et quand des clubs londoniens ouvriront leur branche internationale dessinée par des architectes danois, le Monde entier se suicidera pour renaître à Ad Dawhah.
Sons pour passer à l’acte:
Cut Copy – Hearts on Fire (Midnight Juggernauts Remix)
Regardez Chester French. Ces deux petits blancs qui dépassent à peine la vingtaine, étudiants à Harvard en anthropologie et en culture afro-américaine, viennent de signer sur Star Trak, le label crée par les Neptunes (Pharrell Williams et Chad Hugo). Chemises à carreaux rentrés dans le pantalon, bouclettes d’adolescents, Maxwell et D.A ont commencé à remixer des titres de Jay-Z dès leurs 16 ans. Des remix qui rappellent beaucoup le côté catchy des prods de Pharrell: beaucoup de sons organiques, guitare rock, nappes de synthé sortis d’un épisode de Miami Vice, et ce sens mélodique indéniable. Chester French remet à jour l’époque In Search Of de N*E*R*D, la nervosité street en moins. On imagine plutôt deux gamins doués s’amuser en soirée, déguisés en Slick Rick, casquettes et lunettes trop grandes, survêtements adidas flashy, remixer des tracks hip hop pendant que leurs potes jouent à la 360 étalés sur le sofa d’à côté.
Paradoxalement, Chester French n’est pas (qu’)un groupe de producteurs. Sur leur Myspace, il semble bien que les deux lascars jouent des chansons pop bien huilées. Une pop inventive et libérée. Un retour aux 90s naïf et anticipé en plus de cette touche fleur bleue du rock blanc des années 50s qu’on aurait brûlé à l’Eglise dès que le chanteur au joli minois se mettait à roucouler “take my hand“. Cinquante ans de lutte pour les libertés ont passé et aujourd’hui Chester French préfère nous chanter “yeah i know you’re the one, but i know i could be your son”, certes un peu plus subversif encore mais irrésistible.
Sur un ton définitivement juvénile, Chester French fait l’effet d’un brumisateur d’eau dont on risque d’entendre parler l’été prochain avec un album produit par le grand manitou de ces cinq dernières années et probablement des cinq prochaines, Pharrell Williams.
Si Chester French était un film, il serait écrit et réalisé par Judd Apatow sans aucun doute, les mots dick, pot et piuck en moins.
On a souvent l’habitude de négliger les anecdotes biographiques des artistes auxquels on s’attache ou, à l’inverse, d’y accorder trop d’importance. Ceux qui concernent l’étonnante Lykke Li nous ont néanmoins semblé percutants : née de parents artistes et âgée de seulement 21 ans, la stockholmoise de naissance a d’abord passé une bonne partie de sa vie à voyager entre le Portugal, le Népal et l’Inde avant de devenir danseuse pour plusieurs spectacles télévisés suédois. Durant toutes ces années, que l’on devine mouvementées, la jeune femme a également trouvé le temps de composer son premier album ; intitulé Youth Novels, ce récit de voyage entre le conscient et l’inconscient amoureux, teinté aussi bien de consonances orientales qu’électros, s’est révélé être l’un des plus captivants que l’on ait eu à écouter depuis la production de Fur and Gold par Natasha Khan.
On s’est demandé ce qui pouvait faire la particularité de Lykke Li, car elle n’est bien évidemment pas la seule artiste à laquelle nous nous soyons attachés au sein de la scène scandinave foisonnante. On pourrait évoquer à titre d’exemple le groupe Pacific!, qui a récemment remis la musique 90’s au goût du jour avec le délectable Reveries. Il semble cependant, et c’est tout à son honneur, que Lykke Li ait quelque chose en plus, ce mélange d’avant-garde, de discrétion, de sobriété et de caractère qui symbolise tout le charme du pays nordique. Mais puisqu’on convainc rarement avec des mots :
NB : notez la présence de Robyn, dont nous parlons un peu plus haut. La pop-star est décidément sur tous les fronts.
“Quand Roberto m’a expliqué que son job consistait à sauver des vies, à plonger ses mains dans la fange pour en ressortir des pièces d’or, j’ai soupiré. Alors il m’a servi un discours énergique sur les appréhensions ultracatholiques qui brouillent notre discernement et nous empêchent de valoriser, comme le voudrait le bon sens, la grandeur d’un projet comme celui de l’organisation pour laquelle il travaillait.
- Que des gosses se rompent la colonne vertébrale en récoltant du thé ou deviennent aveugles en fabriquant des chaussures de sport, ça vous parait normal, parfaitement indigne, mais préférable au fait qu’ils se prostituent. Qu’ils se prostituent avec la plus grande assurance qu’il n’y aura pas d’abus, qu’on les rétribuera à hauteur de ce qu’ils valent et non une misère, qu’ils auront droit à un médecin chaque fois qu’ils en auront besoin, qu’ils pourront mettre en peu de temps suffisamment d’argent de côté pour laisser tomber ce boulot s’ils ne sont pas satisfaits, ça vous effraie: tout ce qui a trait au sexe vous paraît diabolique. (…) Un type qui perd son âme douze heures par jour pour un boulot de merde, on va le respecter. Maintenant, s’il gagne en une demi-heure ce que toi tu gagnes en un mois, en autorisant à jouir de lui un vieux cochon qui rougira de honte dès qu’on l’aura touché, là, pas de respect. Parmi tes gosses qui grimpent sur de la merde toute la journée, prends un des plus beaux ou une des plus belles, rends-les encore plus beaux avec les bons habits, apprends-leur deux ou trois trucs pour faire perdre la tête aux clients: en une demi heure ils auront mis K.-O. n’importe quel vieux vicieux et ils auront gagné un gros tas de billets. Demande-leur ce qui est le plus respectable. La leçon me paraissait un peu faible, mais je préférai ne pas m’opposer. Je me suis contenté de dire:
- Chacun gagne sa vie comme il peut.”
Moïse rencontre Roberto Gallardo alors qu’il participe à un convoi humanitaire dans une ville décharge de Bolivie. L’homme élégant repère le jeune homme, l’aborde, et commence à lui expliquer son métier de chineur à la recherche trépidante de la pièce rare dont la beauté touchera bientôt des droits d’auteur juste pour la marque qu’elle laissera aux fantasmes de ses clients.
Juan Bonilla nous fait rire comme devant un bouquin de Beigbeder, mais en accordant à son personnage principal une humanité toute entière, noble et perverse, qui descend de plus en plus de son arbre enchanté. Espiègle, noir et sexuel, c’est l’esprit de ce roman très accessible, balancé entre les folies du Monde et les questions freudiennes de notre narrateur. Vos sentiments seront tordus comme une barre de cuivre sous le poids d’un obèse suant lui-même du poids de l’effort.
Les Princes Nubiens, Juan Bonilla, Galaade Editions
Je comprends qu'on écrase contre le mur un moustique qui nous casse les oreilles, mais qu'on saute du lit, qu'on traverse toute la maison, qu'on sorte dehors pour aller tuer le moustique qui est sur le perron, ça me dépasse.