
“Quand Roberto m’a expliqué que son job consistait à sauver des vies, à plonger ses mains dans la fange pour en ressortir des pièces d’or, j’ai soupiré. Alors il m’a servi un discours énergique sur les appréhensions ultracatholiques qui brouillent notre discernement et nous empêchent de valoriser, comme le voudrait le bon sens, la grandeur d’un projet comme celui de l’organisation pour laquelle il travaillait.
- Que des gosses se rompent la colonne vertébrale en récoltant du thé ou deviennent aveugles en fabriquant des chaussures de sport, ça vous parait normal, parfaitement indigne, mais préférable au fait qu’ils se prostituent. Qu’ils se prostituent avec la plus grande assurance qu’il n’y aura pas d’abus, qu’on les rétribuera à hauteur de ce qu’ils valent et non une misère, qu’ils auront droit à un médecin chaque fois qu’ils en auront besoin, qu’ils pourront mettre en peu de temps suffisamment d’argent de côté pour laisser tomber ce boulot s’ils ne sont pas satisfaits, ça vous effraie: tout ce qui a trait au sexe vous paraît diabolique. (…) Un type qui perd son âme douze heures par jour pour un boulot de merde, on va le respecter. Maintenant, s’il gagne en une demi-heure ce que toi tu gagnes en un mois, en autorisant à jouir de lui un vieux cochon qui rougira de honte dès qu’on l’aura touché, là, pas de respect. Parmi tes gosses qui grimpent sur de la merde toute la journée, prends un des plus beaux ou une des plus belles, rends-les encore plus beaux avec les bons habits, apprends-leur deux ou trois trucs pour faire perdre la tête aux clients: en une demi heure ils auront mis K.-O. n’importe quel vieux vicieux et ils auront gagné un gros tas de billets. Demande-leur ce qui est le plus respectable. La leçon me paraissait un peu faible, mais je préférai ne pas m’opposer. Je me suis contenté de dire:
- Chacun gagne sa vie comme il peut.”
Moïse rencontre Roberto Gallardo alors qu’il participe à un convoi humanitaire dans une ville décharge de Bolivie. L’homme élégant repère le jeune homme, l’aborde, et commence à lui expliquer son métier de chineur à la recherche trépidante de la pièce rare dont la beauté touchera bientôt des droits d’auteur juste pour la marque qu’elle laissera aux fantasmes de ses clients.
Juan Bonilla nous fait rire comme devant un bouquin de Beigbeder, mais en accordant à son personnage principal une humanité toute entière, noble et perverse, qui descend de plus en plus de son arbre enchanté. Espiègle, noir et sexuel, c’est l’esprit de ce roman très accessible, balancé entre les folies du Monde et les questions freudiennes de notre narrateur. Vos sentiments seront tordus comme une barre de cuivre sous le poids d’un obèse suant lui-même du poids de l’effort.
Les Princes Nubiens, Juan Bonilla, Galaade Editions
Son pour dire wars sans être lourd:
MGMT – Weekend Wars




